Eupatoria est une ville-station littorale située sur la façade occidentale de la péninsule. Elle constitue un cas exemplaire d’un type de peuplement côtier à la fois très répandu et pourtant encore insuffisamment étudié de manière systématique : celui de la station balnéaire horizontale, dont l’identité urbaine se construit dans la tension entre une bande récréative de façade, tournée vers le rivage, et des quartiers résidentiels de second plan, relégués en arrière.
Il s’agit ici d’analyser le tissu urbain comme un système historique de formes, articulant unités de planification, structure parcellaire, types architecturaux et usages du sol. L’urbanisme écologique fournit, dans cette perspective, les outils nécessaires à l’examen des flux métaboliques de la ville, en particulier des ressources hydriques et bioclimatiques, décisives au sein d’un système littoral.
Quant à l’analytique abductive, elle permet d’élaborer des hypothèses explicatives à partir d’anomalies spatiales observables, sans imposer a priori un cadre théorique déductif. Eupatoria constitue un objet d’analyse particulièrement pertinent pour plusieurs raisons étroitement liées.
Premièrement, elle représente, d’un point de vue morphologique, la station balnéaire criméenne la plus «typique»: configuration côtière plane, promenade rectiligne, poids dominant du complexe sanatorial et thermal dans l’économie urbaine — autant de traits que l’on retrouve dans des dizaines de villes du littoral de la mer Noire et de la mer d’Azov. Or c’est précisément cette typicité qui fait l’intérêt scientifique d’Eupatoria : la compréhension de ses régularités morphologiques permet d’étendre les conclusions à l’ensemble de la catégorie des stations balnéaires littorales planes.

Deuxièmement, la ville se trouve aujourd’hui soumise à une pression d’investissement et d’aménagement sans précédent. Troisièmement, plusieurs projets d’infrastructure y sont menés simultanément, ouvrant ainsi une fenêtre d’observation particulièrement féconde sur les transformations en cours de l’espace littoral. Enfin, le potentiel historico-culturel de la ville est confirmé par la présence de 182 objets patrimoniaux protégés.
Cet héritage, concentré pour l’essentiel dans le secteur de la Vieille Ville, cristallise une contradiction fondamentale entre les impératifs de protection et les logiques du développement urbain — contradiction que la morphologie plane d’Eupatoria tend à accentuer, sans offrir la possibilité de la résoudre par des mécanismes de ségrégation topographique.


